Comment est fabriqué le son : analogique vers le numérique

Naissance de l’audio numérique

L’histoire de l’audio numérique commence bien avant l’apparition des premiers appareils. Les bases mathématiques sont posées dès 1928 par l’ingénieur Harry Nyquist, qui établit les principes fondamentaux de la transmission de signaux, puis formalisées en 1949 par Claude Shannon dans sa théorie de l’information. C’est de ces travaux que naît le fameux théorème d’échantillonnage de Nyquist-Shannon, pierre angulaire de toute conversion analogique-numérique.

Un autre jalon essentiel est posé par Alec Reeves, ingénieur britannique, qui invente et brevette en 1937 le principe de la modulation par impulsions codées (MIC, ou PCM en anglais — Pulse Code Modulation). Cette technique, qui consiste à représenter un signal analogique par une suite de valeurs numériques discrètes, constitue le socle technique de tout l’audio numérique moderne.

Il faut cependant attendre les progrès de l’électronique et de l’informatique dans les années 1960-1970 pour voir apparaître les premiers enregistrements numériques réels. Les laboratoires japonais NHK réalisent parmi les premiers essais d’enregistrement audio numérique à la fin des années 1960. Dans la décennie suivante, des entreprises comme Denon et Sony, ainsi que des chercheurs comme Thomas Stockham aux États-Unis, développent des systèmes d’enregistrement numérique professionnels.

Le grand public découvre véritablement l’audio numérique avec l’arrivée du disque compact (CD), lancé conjointement par Sony et Philips en 1982, marquant la démocratisation de cette technologie et la fin progressive du règne du disque vinyle et de la bande analogique.

Convertir un son (signal analogique continu) en données numériques repose sur deux opérations complémentaires :

1. L’échantillonnage (sampling) Le signal sonore, qui varie continûment dans le temps, est « photographié » à intervalles réguliers : on mesure son amplitude à des instants précis. La fréquence à laquelle ces mesures sont prises s’appelle la fréquence d’échantillonnage, exprimée en hertz (Hz). Plus cette fréquence est élevée, plus le signal numérique reproduit fidèlement le signal d’origine.

Le théorème de Nyquist-Shannon énonce une règle fondamentale : pour restituer fidèlement un signal, il faut l’échantillonner à une fréquence au moins deux fois supérieure à la fréquence maximale contenue dans ce signal. L’oreille humaine percevant des sons jusqu’à environ 20 000 Hz, une fréquence d’échantillonnage de 44 100 Hz (le fameux standard du CD audio) permet théoriquement de restituer l’intégralité du spectre audible perceptible par l’homme.

2. La quantification Chaque échantillon prélevé doit ensuite se voir attribuer une valeur numérique parmi un nombre fini de niveaux possibles. C’est la profondeur de bits (ou résolution) qui détermine ce nombre de niveaux : avec 16 bits (standard du CD), on dispose de 65 536 valeurs possibles pour représenter l’amplitude du signal à chaque instant échantillonné. Plus la profondeur de bits est élevée, plus la dynamique et la précision du son numérisé sont importantes.

En résumé

L’audio numérique naît donc de la rencontre entre une intuition théorique posée dans l’entre-deux-guerres (Nyquist, Reeves), une formalisation mathématique rigoureuse (Shannon), et une maturation technologique qui s’étend sur plusieurs décennies avant d’aboutir à des produits grand public dans les années 1980. Le couple échantillonnage / quantificationreste, encore aujourd’hui, le fondement de toutes les technologies audio numériques, du CD aux fichiers haute résolution en passant par le streaming.